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Le pays

La Corée est une péninsule, à peu près à la latitude de l’Espagne, avec au nord la Chine et la Russie, rayée par une cicatrice sanglante : la zone démilitarisée (DMZ), qui sépare la Corée du Nord (République Démocratique et Populaire de Corée), communiste confuciano-staliniste, de la Corée du Sud (République de Corée), confuciano-capitaliste, approximativement au niveau du 38e parallèle. La guerre de Corée n’étant pas encore officiellement terminée, cette zone est une des plus brûlantes de notre planète.

La péninsule est longue de 800 à 900 km, large en moyenne de 200, d’une surface équivalente à celle de la Grande-Bretagne. À l’ouest, son relief consiste plutôt en collines et estuaires, longeant la mer Jaune, vers la Chine du nord. À l’est au contraire, des montagnes beaucoup plus hautes (relativement, ce ne sont pas les Alpes non plus !) se jettent dans la mer de l’Est (le nom de mer du Japon étant contesté par les Coréens). Coincée entre la Chine et le Japon, la Corée s’est donc retrouvée tout au long de son histoire le terrain de jeu morbide des divers conflits d’influence que se sont livrés ses puissants voisins. En effet, elle est en contact direct avec la Chine, et le Japon, lui, voit sa pointe sud à peine à 160 km de la Corée. Il est dit qu’elle a la forme d’un lapin ou d’un tigre. Cependant, un dessin valant mieux qu’un long discours, en voici une carte. Au sud, l’île de Jéju (제주) (prononcez djédjou ou tchédjou), appelée aussi Jéjudo (제주도), « do » voulant ici dire île. Un peu la Corse coréenne (à moins que la Corse ne soit la Jéju française : le débat est ouvert…), c’est une des principales destinations pour les voyages de noces. Lieu très recommandable.

Caractères généraux

Relief

La Corée est considérée comme un des pays les plus montagneux au monde. À part quelques rares plaines et les rivières, le pays n’est qu’une succession de montagnes plus ou moins hautes. Ce qui a mis la montagne au premier plan de l’imaginaire coréen, du mont volcanique Bæktu (백두산) à la frontière nord avec la Chine, au mont Halla (한라산), volcan lui aussi, sur l’île de Jéju, tout au sud. Ce qui a aussi pour conséquence de rendre le pays riche de paysages fabuleux, où la moindre balade en campagne peut couper le souffle à plus d’un. Il est à signaler que malgré son apparente proximité avec le Japon, la Corée ne possède pas la sismicité de ce dernier, les tremblements de terre y sont aussi rares qu’en France.

Climat

Chaud et humide l’été, froid et sec l’hiver. Voilà qui résume la situation. De fin juin à fin juillet, c’est le moment des pluies de mousson, c’est-à-dire qu’il pleut à seaux, tombe des cordes, des hallebardes, et même de l’eau. Au printemps, en août et septembre, la Corée peut recevoir la visite d’un ou deux typhons venant mourir sur le continent asiatique. Attention, je n’ai pas dit que c’était systématique ! Ça arrive, mais pas tous les ans, ça dure une journée ou deux. Ce n’est pas la Floride. Le mois d’août est d’ailleurs très ensoleillé. Côté températures, jamais en dessous de 25 °C et plus souvent au-dessus de 30, avec des pointes allègres à 40, notamment bien sûr dans le Sud. L’hiver est très lumineux grâce à un air très sec (les télévisions publient même des alertes sécheresse comme on publie en France des alertes pollution). La crème Nivéa n’est un luxe pour personne à ce moment-là. Cependant, la neige n’est pas non plus exceptionnelle jusque dans le sud car les températures peuvent descendre très bas : l’air vient du continent au nord, c’est à dire de Sibérie. Le printemps et l’automne, me direz-vous… Eh bien ils existent même s’ils sont un peu plus courts qu’en France. Car la Corée N’EST PAS UN PAYS TROPICAL, qu’on se le dise ! Ce sont les saisons les plus agréables, les Coréens préférant l’automne, pour ses couleurs fantastiques qui parent les forêts couronnant les montagnes. Un trait de caractère des Coréens est d’ailleurs cette sensibilité aux spectacles de la nature que nous, par comparaison, en France, avons bien du mal à admirer : nous ne sommes que de grossiers aveugles insensibles.

Peuplement

Les Coréens, au nombre de 69 millions (24 millions en Corée du Nord, 45 millions en Corée du Sud), forment anthropologiquement un peuple remarquablement homogène, descendant des tribus ouralo-altaïques de la branche toungouse, venues de Mandchourie aux temps préhistoriques. Les immigrants chinois au Ier siècle avant J.-C. et les quelques incursions japonaises plus tard furent complètement assimilées au point que dès le Shilla unifié, au VIIe siècle, la population coréenne possédait déjà cette homogénéité, du point de vue aussi bien ethnique, linguistique, que pour le mode de vie.

La densité des habitants est très élevée, surtout en Corée du Sud, dont la surface est moindre et la population bien plus importante qu’au nord. À cela il ne faut pas oublier que, le pays étant montagneux, la surface habitable en est réduite d’autant. Enfin, la population est principalement regroupée dans les grandes villes, dont Séoul, qui contient à elle seule près d’un quart de la population de la République de Corée (avec sa banlieue, près de la moitié !), Busan (부산), Dægu (대구), Gwangju (광주), etc.

Langue

Le coréen. Il en existe plusieurs dialectes, notamment celui de Séoul devenu langue officielle en Corée du Sud et celui de Pyongyang (평양) devenu langue officielle en Corée du Nord. Langue classée dans les langues ouralo-altaïques. Le débat sur son degré de parenté avec le japonais fait rage comme tout ce qui concerne l’unicité de la Corée vis-à-vis du Japon. La langue coréenne est ainsi reliée à des langues occidentales comme le finnois, le turc, le hongrois voire le basque selon certains auteurs. Cependant, elle est aussi considérée par d’autres comme une langue isolée (voir plus bas).

La langue coréenne a subi une agitation sans précédent pendant le XXe siècle. De 1910 à 1945, la Corée était sous la domination japonaise, et le gouvernement japonais a fait campagne pour éliminer la langue coréenne et pour la remplacer par le japonais. Tous les cours dans les écoles étaient donnés en japonais, et des élèves étaient punis pour parler coréen même entre eux. Les Coréens étaient obligés d’adopter des noms japonais s’ils voulaient avoir des droits comme citoyens. En raison des efforts incessants des linguistes coréens, romanciers, poètes, et autres intellectuels, la langue coréenne n’a pas été effacée, mais elle a adopté beaucoup de mots et expressions japonais. La plupart a disparu de l’usage au cours des ans depuis la libération en 1945, et certains même ont été délibérément retirés du langage et remplacés par des expressions coréennes pures. La plupart de ceux qui sont restés font partie de jargon spécialisé de domaines particuliers (mécanique automobile, par exemple), et ne sont pas employées par la population dans son ensemble.

La division de la péninsule coréenne entre le Nord et le Sud a favorisé la différenciation des langues des deux Corées. Tandis que dans le sud, le vocabulaire importé et l’utilisation de mots sino-coréens ne subit pratiquement pas de restriction, le Nord fait un effort conscient pour « épurer » le langage, en ayant établi une norme appelée « le langage cultivé », qui substitue des mots d’origine coréenne indigène aux mots sino-coréens et autres. D’autre part, le Sud a choisi le dialecte de la région de Séoul pour norme, alors que le Nord a choisi de modeler sa langue officielle d’après le dialecte de la zone comprenant Pyongyang. Comme les citoyens des deux Corées n’ont presque aucun contact entre eux (la guerre de Corée n’étant pas officiellement terminée), il leur arrive d’éprouver des difficultés pour se comprendre quand ils se rencontrent.

Le langage standard du Sud est défini comme langage moderne des Séoulites instruits. En raison du déplacement extrême des populations pendant la guerre de Corée, quand des millions de Coréens ont dû fuir, seulement environ 20 % des résidents actuels de  Séoul peuvent se réclamer d’une famille installée à Séoul depuis plus de 50 ans. Le reste de la population de Séoul est un mélange de personnes venant de partout dans la péninsule, beaucoup d’entre eux conservant un accent prononcé de leur région d’origine.

Les différences régionales sont plus évidentes à l’oral, dans la prononciation et l’intonation, car le langage écrit est le même dans l’ensemble de la Corée du Sud. La télévision se montre un grand homogénéisateur de la langue coréenne, car les présentateurs et les acteurs doivent tous parler un coréen fidèle au langage standard. Cela ne facilite pas l’étude des divers dialectes coréens, mais améliore la communication, particulièrement pour les étrangers apprenant le coréen.

Le coréen n’est pas même à distance connexe au français ni aux autres langues indo-européennes. Il est plus probablement un cousin éloigné des langues altaïques et du japonais, mais dans ce cas, il a divergé d’eux il y a des milliers d’années, et le corps du vocabulaire commun, quoique significatif, n’est pas très grand. Il s’avère que des formes anciennes des groupes de langues comprenant le toungouse, le mongol, et le turc (membres de famille altaïque) indiquent une même langue d’origine, mais le proto-coréen a divergé d’elle beaucoup plus tôt que les trois autres groupes, à moins que le proto-coréen n’ait cette langue d’origine comme sœur, tous deux étant issus d’un parent commun.

Le japonais partage beaucoup de caractéristiques grammaticales avec le coréen, mais la correspondance phonétique et la similitude du vocabulaire et des suffixes grammaticaux sont trop pauvres et peu fréquents pour établir un rapport génétique défini entre les deux langues.

Le résultat de cet isolement linguistique est que le coréen a peu d’éléments apparentés de vocabulaire en commun avec d’autres langages, excepté ceux qui sont le résultat d’emprunts linguistiques. Les seuls mots probablement à être bien reconnus des Occidentaux sont ceux que le coréen a empruntés à l’anglais (et à d’autres langues occidentales) pendant le XXe siècle. Ces mots ont été généralement adoptés avec les choses ou les idées qu’ils représentent de la culture occidentale. Quand les Coréens ont apporté quelque chose de nouveau de l’Ouest pour lequel ils n’avaient pas de mot, ils ont généralement adopté le mot d’origine (anglais television, ice-cream), ou lui ont donné un mot sino-coréen, tirant profit de la productivité peu commune des caractères chinois (une montre est 시계 ou 時計 : « temps-mesureur » ou, en prenant des racines grecques, un chronomètre).

Traduit et adapté par Yann Le Bail d’après David Baxter, « The Korean Language, an informal introduction to English speakers », in Korean Through English, Book One, Séoul, Hollym, 1996, pp. 113 – 115.

C’est une langue atonale (contrairement au chinois), SOV, polysyllabique et agglutinante (comme le hongrois). Atonale signifiant bien sûr que la langue ne considère pas les tons comme différenciant des mots, SOV signifiant Sujet Objet Verbe, l’ordre des mots d’une phrase standard en coréen (le français étant une langue SVO), polysyllabique signifiant que les mots comportent plusieurs syllabes (au contraire du chinois, monosyllabique) et agglutinante signifiant que, sur un radical, on ajoute des préfixes, infixes et suffixes, en bref des particules,  indiquant le sens, la fonction grammaticale etc.

Un petit exemple transcrit :
Verbe juda : donner, radical ju-
ju-eo (eo est un o ouvert comme dans « carotte ») : forme de « tutoiement ».
ju-eoyo : forme un peu plus polie, vouvoiement non formel (je schématise).
Entre ju et eo on rajoute shi, particule honorifique (shi + eo se contractent en sé) et on obtient :
juséyo : donnez s’il vous plaît.
Entre shi et eo on ajoute gess, futur ou conditionnel (la contraction ne se fait plus) :
jushigess-eoyo : Vous donnerez.
etc.

Il n’est bien sûr pas ici question de faire un cours de coréen, mais simplement d’illustrer une idée.

Je reviendrai dans les chapitres Histoire et Vie quotidienne sur l’écriture coréenne, le hangeul, un joyau d’ingéniosité et de simplicité.