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Le monument du médecin-commandant Jean-Louis à Hongcheon (홍천, province du Gangwon-do1, Corée du Sud

par le Docteur Jean-Marie Thiébaud
Membre titulaire de l’Académie de Besançon et de Franche-Comté

Statue du médecin-commandant

À 32 km au nord-est de Hongcheon, à droite et en retrait de la route 44 (qui mène à Inje (인제) et Seokcho (석초)), jouxtant en pleine nature le Green Country Camp, s’élève un important monument : une gerbe de blocs de béton sommée d’une statue en bronze, grandeur nature et fort réaliste, d’un officier français en treillis, béret, ceinturon et rangers, semblant marcher sans crainte vers son destin. Son visage encore juvénile, sculpté finement dans le métal, porte des lunettes qui rendent le personnage encore plus étonnamment présent.

Statue du médecin-commandant

Sous la statue, l’insigne en losange du bataillon français de l’ONU et, plus bas encore, une plaque rectangulaire qui indique :

MONUMENT A LA MEMOIRE DU MEDECIN-COMMANDANT J. JEAN-LOUIS2

Plaque

Le dos du monument porte deux autres plaques portant l’une, un texte rédigé en coréen, l’autre, sa traduction en français :

La guerre de Corée a commencé le 25 juin 1950, lorsque les armées communistes envahirent le Sud par surprise. Répondant à un appel pour la sauvegarde de la liberté, la France envoie des forces combattre en Corée. Arrivé le 29 novembre 1950, le médecin-commandant Jules Jean-Louis était chef du service de santé du bataillon français de l’O.N.U.

Le 8 mai 1951, à l’âge de 34 ans, le médecin-commandant Jules Jean-Louis tombait au champ d’honneur, en sauvant la vie de soldats coréens blessés dans le combat de Jang Nam Ri.

Son sacrifice héroïque pour la liberté et l’idéal humanitaire qu’il a incarné dans l’exercice de sa mission et notamment au service des populations civiles rencontrées pendant la progression du bataillon, resteront dans la mémoire des habitants de ce pays.

Alors que se commémore le centenaire des relations diplomatiques entre la France et la Corée, ce monument est édifié, à l’endroit même de sa mort, grâce à l’appui du gouverneur de la province de Kangwon (Gangwon-do), pour immortaliser à jamais le souvenir de cette âme généreuse.

Le 25 octobre 1986

Le chef du district communal de Hongch’on
(Hongcheon)

La plaque en français

Près de la route et à droite du monument, une plaque signale un

ARBRE COMMEMORATIF PLANTE
PAR M. JEAN-BERNARD OUVRIEU3
AMBASSADEUR DE FRANCE EN COREE
LE 25 OCTOBRE 1986.

Plaque signalant l'arbre

Par souci de symétrie et aussi volonté du diplomate français d’être compris par la population locale, elle possède son pendant coréen à gauche, sur un socle placé au pied d’un second arbre.

1 La région du Gangwon-do est coupée en deux par la DMZ du 38e parallèle sur une longueur de 145 km. Elle fut le théâtre de combats meurtiers pendant la guerre de Corée (1950 – 1953).

2 Jules Édouard Jean-Louis, né à Sanary-sur-Mer (Alpes-Maritimes) le 28.10.1916, était le fils d’un capitaine de marine mort en 1919 de suites de maladies contractées pendant la première guerre mondiale, chevalier de la Légion d’Honneur. Entré à l’École de Santé Navale à Lyon en 1933, Jules Jean-Louis en sortit docteur en médecine en juin 1939, dans sa vingt-troisième année, avec une thèse apportant une Contribution à l’étude des lepto-méningites et à leur traitement chirurgical. Promu lieutenant au 3e bataillon du 69e régiment de la ligne Maginot en juin 1940, il mérita la Croix de Guerre avant d’être fait prisonnier le 21.06.1940 et envoyé au stalag IV. Libéré le 17.04.1945 et nommé capitaine, il fut muté au Maroc à l’hôpital de Casablanca. Puis il demanda à servir en Extrême-Orient. Il demeura en poste en Indochine de 1946 à 1950 et y fut breveté parachutiste. Il servit au 2e régiment d’infanterie puis à la 2nde brigade de parachutistes dans laquelle il obtint ses deuxième et troisième citations à l’ordre de l’Armée en septembre 1947 et en juillet 1948. On le proposa pour l’Ordre de la Légion d’Honneur le 30.12.1948. Promu médecin-major le 01.01.1950, il se porta volontaire pour la Corée le 10.09.1950 et arriva dans ce pays en octobre de la même année. Il prit part aux batailles de Tapon-ni, de Twin-Tunnels, de la cote 1037 et son attitude courageuse lui valut d’être cité une quatrième fois à l’Ordre du Corps d’Armée. Ce médecin-chef tomba le 8 mai 1951 en allant porter secours à deux soldats coréens blessés. Sa dépouille a été inhumée à Sanary-sur-Mer, ville qui s’est jumelée avec Hongcheon pour rappeler l’acte courageux de ce médecin militaire et à l’instigation du docteur Kim Jong-Hi, consul honoraire de Corée en Normandie, fait chevalier de la Légion d’Honneur le 27.06.2000 au titre du ministère des Anciens Combattants. Le nom du commandant Jean-Louis est également gravé sur la façade intérieure du monument de Suwon qui recense tous les Français tombés pendant la guerre de Corée (voir Jean-Marie Thiébaud, « La Présence française en Corée », Paris, éd. de l’Harmattan, 2005).

3 Jean-Bernard Ouvrieu, né à Creil (Oise) le 13.03.1939, fils de René Ouvrieu, universitaire, et de Renée Franchet, étudiant à la Faculté de Droit et à l’Institut d’Études Politiques de Paris, élève de l’ENA de 1964 à 1966, deuxième conseiller à Bagdad en 1975 – 1977 puis à Washington en 1977 – 1979, directeur des relations internationales au Commissariat à l’Énergie atomique en 1980 – 1985, gouverneur pour la France de l’Agence Internationale de l’Énergie atomique de Vienne de 1981 à 1985, ambassadeur de France en Corée du 13.05.1985 à 1987 puis au Brésil (1989 – 1993) et au Japon dès 1993 avant d’être chargé auprès du ministre Alain Richard des dossiers d’armement. Officier de la Légion d’Honneur et de l’Ordre National du Mérite.

© Jean-Marie Thiébaud (texte et photos), février 2005.